Dobet Gnahoré - Icone mondiale de la musique ivoirienne

Qu’est devenu l’export de la musique ivoirienne ces dernières années ?

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Lorsqu’on parle de musique en Côte d’Ivoire, depuis une dizaine d’années, un style musical ressort en général : le Coupé Décalé. Combien d’entre nous n’ont jamais vibré au son des chansons des artistes de ce domaine, notamment pendant les périodes festives ? En tout cas, si vous êtes dans ce cas, vous faites partie d’une très faible minorité. Le coupé décalé a donc réussi à s’imposer sur la scène comme un des porte-flambeau de la musique ivoirienne. Mais force est de constater que malgré l’engouement de la majorité des ivoiriens pour cette musique, elle peine à s’imposer hors des frontières africaines ; excepté dans quelques pays d’Europe (France, Angleterre,Belgique …) à l’image de l’ensemble de la musique ivoirienne d’ailleurs .

POURQUOI LA MUSIQUE IVOIRIENNE S’EXPORTE MAL ?

Qu’on se le dise, après les années 70-90 avec des artistes comme Alpha Blondy, Aïcha Koné, Dobet Gnahoré, Ticken Jah qui ont connu un succès incroyable et sont mondialement reconnus ; les années 2000 elles, n’ont vu qu’un seul groupe se hisser au rang de stars planétaires : le groupe de zouglou MAGIC SYSTEM. Les raisons de ce coup de frein à l’exportation de la musique ivoirienne sont multiples mais l’une des plus importantes est sans doute :

1-La danse et la tendance de croire que tout s’y résume

Je vous vois déjà entrain de froncer les sourcils et vous dire « mais de quoi il parle ce type ». Et pourtant oui, l’amour des ivoiriens pour la danse est à l’origine de la métamorphose du coupé décalé ; et par ricochet de la naissance de nombreuses chansons couplées à des pas de danse. Oui, la danse fait partie intégrante de la culture africaine. Oui, il est bien de danser. Seulement, la grande majorité des pays occidentaux n’écoutent pas la musique obligatoirement pour esquisser des pas de danses. Du coup très peu s’y intéressent.

Mais il serait beaucoup trop facile de rejeter la faute seulement sur ça, il faut également noter que :

2- Le manque de fierté des Ivoiriens concernant la musique qui vient de chez eux

Les artistes jouent un rôle déterminant mais la population qui écoutent aussi. Le constat est amer mais le domaine du sport (football surtout) mis à part, la plupart des ivoiriens ne se sentent fiers de ce qui vient de chez eux que lorsqu’ils sont hors du pays. Vous verrez donc les membres de la diaspora entrain de se vanter de la provenance de tel ou tel artiste qui explose au pays. Hélas, la diaspora ne constitue qu’une minorité de la population ivoirienne ; et l’impact est donc évidemment mineur.

Que font les autochtones ?? La grande majorité n’écoute de la musique que pour danser et n’achètent jamais d’œuvres. Peu soutiennent les artistes ivoiriens nominés pour des compétitions internationales. À titre d’exemple : Josey, Serges Beynaud, KIFF NO BEAT, Dobet Gnahoré étaient tous nominés aux MTV AFRICA MUSIC AWARDS mais la Côte d’Ivoire n’a reçu qu’une seule distinction ; celle du meilleur artiste de l’Afrique Francophone pour Serges Beynaud. Un peu normal quand on sait que l’Afrique francophone est en majorité ouest-africaine et que le coupé décalé a déjà conquis la zone.

Les autres artistes ivoiriens mis en opposition dans d’autres catégories n’ont pas fait le poids on serait tenté de dire. Artistiquement ? Certainement pas !! Mais plutôt au niveau des votes. On peut être sûr que la plupart des ivoiriens n’ont quasiment pas pris la peine de voter et le résultat qui en témoigne est logique .

3- Les limites de la langue dans la musique ivoirienne

C’est, sans doute, l’une des plus grandes raisons du coup d’arrêt dans l’expansion de la musique ivoirienne. La plupart des chansons produites sont en français et il n’y a que très peu de collaborations avec le monde anglophone. Arafat et KIFF NO BEAT, n’en déplaise à certains, font cet effort et sont en passe de devenir des stars mondiales. Ce n’est un secret de polichinelle pour personne l’anglais est la langue internationale par excellence ; et il serait temps que nos artistes se penchent sérieusement dessus. Car les icônes nationales citées plus haut ne se sont pas contentées de faire de la musique urbaine, ou juste pour satisfaire uniquement les mélomanes du pays .

 

Pour récapituler, c’est avec une implication à la fois des artistes et de la population que l’export de la musique ivoirienne aura un nouveau souffle. Le monde ne se limite pas à l’Afrique de l’ouest, ni même à l’Afrique d’ailleurs .

Commentaires (4)

  1. Belle analyse. Les artistes qui font du coupé décalé ont très souvent des carrières de commette, le temps d’un trimestre ou tout au plus deux. On brille un moment, puis on disparaît. Il faut accepter aussi de se faire coacher, de se faire entourer de professionnels, pour espérer atteindre certains niveaux. La com’, le choix de feat, tout cela compte. Et par dessus tout, il faut travailler pour être constant. Après il y a aussi d’autres facteurs qu’on ne maîtrise pas qui rentrent en ligne de compte. Comme le disait quelqu’un, le succès n’est pas proportionnel au talent.

    1. Tout à fait d’accord avec toi. Mais je suis convaincu qu’il y a du talent ici et qu’on pourrait facilement l’importer. Il faut juste qu’on s’ouvre un peu plus à la musique, et s’il le faut que les Ivoiriens réapprennent à apprécier de la bonne musique.

      1. Moi j’opte plus pour réapprendre à aimer de la bonne musique. On en écoute bien tant que ça vient de l’extérieur. Mais quand ça vient de chez nous, pareil que ce qu’on écoute de l’extérieur, on dit « il veut faire comme les blancs ». En plus, la musique dansante est passagère dans l’esprit (selon moi). Mais celle qui transmet des émotions, reste dans les mémoires (selon moi).

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